La Chine a acquis une position dominante dans le secteur des minéraux critiques en Afrique grâce à des investissements à long terme dans les capacités d’extraction et de raffinage, ce qui rend difficile pour les pays africains de progresser dans la chaîne de valeur.
La demande mondiale en minéraux critiques (nickel, graphite, manganèse, cobalt, cuivre, lithium et minéraux de terres rares) utilisés dans les systèmes de défense et aérospatiaux, les véhicules électriques (VE), les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les dispositifs médicaux est en forte hausse. La Chine contrôle désormais plus de la moitié de la production mondiale de minéraux critiques et environ 87 % de leur traitement et raffinage. La Chine produit également près de 70 % des minéraux de terres rares, fabrique 93 % des aimants permanents en terres rares à haute résistance et est responsable de 95 % du traitement lourd nécessaire des minéraux critiques.
Alors que la stratégie chinoise en matière de minéraux critiques met l’accent sur ses capacités de traitement et de raffinage, Pékin a diversifié ses activités en amont en acquérant d’importants actifs miniers en Africque, notamment la mine de cuivre de Khoemacau au Botswana (2023), la mine de lithium de Goulamina au Mali (2024) et la mine de terres rares de Ngualla (2025) en Tanzanie. Le plus grand constructeur mondial de véhicules électriques, la société chinoise BYD, s’est par exemple procuré six mines de lithium africaines, garantissant ainsi un approvisionnement suffisant en matières premières jusqu’en 2032.
La Chine utilise sa position dominante dans le raffinage des minéraux critiques comme une arme en limitant les exportations vers ses rivaux, en exigeant des licences pour les produits contenant ne serait-ce qu’une quantité minime de composants chinois et en interdisant les exportations pouvant avoir des applications militaires. Cela a incité ses concurrents à mettre en place des chaînes d’approvisionnement indépendantes de la Chine.
La domination de la Chine s’étend aux infrastructures minières essentielles en Afrique. Grâce à sa stratégie de « Ceinture et route », également appelée « Initiative ceinture et route » (Belt and Road Initiative ou BRI), la Chine détient des participations dans les réseaux ferroviaires, portuaires et électriques qui relient les minerais essentiels de l’Afrique aux voies maritimes mondiales. La Chine fabrique 90 % des panneaux solaires dans le monde et devrait fournir 60 % de la capacité en énergies renouvelables d’ici 2030.
Par ailleurs, les banques publiques chinoises ont accordé 24,9 milliards de dollars de prêts liés à la BRI pour l’ extraction minière au cours du seul premier semestre 2025, soit plus qu’en 2024, qui était déjà une année record pour le financement chinois des minéraux critiques. Pour réduire l’emprise de la Chine sur le secteur des minéraux critiques en Afrique, il faudra contrebalancer la position dominante de la Chine dans l’exploitation minière, le raffinage, la production et le financement de ce secteur.
Avec d’importantes réserves de cobalt, de coltan, de lithium, de nickel, de manganèse, de platine, de terres rares, entre autres minéraux, l’Afrique est au cœur de la ruée mondiale vers les minéraux critiques. Malgré cela, l’Afrique reste au bas de la chaîne de valeur et n’est pas la principale bénéficiaire de cette richesse minérale. La République démocratique du Congo (RDC) incarne ce paradoxe : riche en minéraux mais pauvre, en proie à des conflits et dépendante des exportations de matières premières.


